Bonsoir à tous.
Ce que je présente ici, n'a rien vraiment d'une "nouvelle". C'est un premier jet, et aussi un test: l'écriture au présent.
Deux choses qui me viennent alors à l'ésprit: d'une part, l'environnement noir, corrompu, me plaît, et je pense continuer sur cette voie la à l'avenir et, d'autre part, écrire au présent, n'est pas chose commode, et ne me semble pas si évident.
Premier jet, première recherche d'ambiance, pour un futur projet. J'en conviens c'est (très) court. Ce n'était qu'histoire de me remettre dans le bain de l'écriture.
Merci d'avance de votre attention,
Bonne lecture.
« Ce qui m'emmerde le plus c'est qu'il habite à l'autre bout de la ville ! »
Néo me sourit. Je pense qu'il croit encore que je plaisante. Il commence à m'énerver sérieusement celui-la, il faudra que je pense à m'en débarrasser. Mais je dois avouer que pour le moment, il nous rend plutôt service ici : un as dans la gestion des missions, et dans leur redistribution. Et puis après tout, j'ai hérité du juge Gérault, ce qui me convient tout à fait : un magistrat un peu trop honnête, peu surveillé (il refusait d'avoir des gardes du corps, une erreur qui aller j'espère lui coûter la vie), et assez fou pour tenter de faire régner encore la justice. C'est décidé, Néo pourrait rester en vie. Du moins, jusqu'à temps qu'il me prouve son utilité.
Le même rituel. Je tapote mon Gamo 80 (son silencieux et sa visée laser intégrés m'ont depuis longtemps convaincus) bien logé dans mon holster. Mon long couteau Predator n'aurait pour l'heure aucun intérêt, la discrétion ne sera en rien nécessaire. Je décide donc de le retirer de sous mes jambières, et de le laisser là, sur mon bureau, bien en vue depuis celui de Néo : un regard furtif vers son bureau m'assura alors de sa compréhension. Je suis un homme d'action, et je décide qui doit vivre, ou mourir : qu'un bureaucrate évite de me faire faux bond, où il regretterait alors bien vite de se retrouver du mauvais côté de la barrière. J'enfile dès lors mon long manteau noir, toujours aussi cliché, toujours aussi discret : même si je peux me permettre de m'occuper du juge Gérault rapidement, je préfère m'avancer d'un pas feutré en ville, surtout à cette heure. Et me voilà déjà partis.
Je ne regrette pas d'avoir opter pour le manteau et non la veste : la nuit dans Prescott en plein hiver n'a rien de douce : des températures, très en deçà des moyennes saisonnières, sont atteintes ces temps-ci, l'Arizona n'est plus ce qu'il était. Le police non plus, m'amuse-je à me rappeler en m'éloignant du commissariat. Les rues cette nuit sont vides, mis à part la présence discontinue de vagabonds ou autres misérables. Je passerai inaperçu : un pourri parmi des pourris.
Après une heure de marche silencieuse dans la ville, dans la crasse de cette ville, j'arrive au domicile du juge. Un immeuble isolé, sur Cleavemountain : plateau nord surplombant presque tout Prescott. On ne peut pas dire du quartier qu'il soit vraiment résidentiel : cet immeuble se dresse simplement, à l'écart du centre ville, le dernier dans cette zone, occupé tout spécialement par les hauts fonctionnaires que la ville met à l'écart, en attente de trouver une solution aux problèmes qu'ils leur posent.
Et cette solution, je la porte, dans mon holster. Je remarque l'absence de locataires : peu de sonnettes portent encore un nom. Paul Gérault. Je sonne. Une fois seulement. Après quelques minutes, attente compréhensible à cette heure, une voie d'homme, apparemment tiré du lit, me répond aimablement :
- Juge Paul Gérault. Que puis-je faire pour vous ?
La politesse dont font preuve les hommes de loi demeure légendaire ...
- Bonsoir Monsieur Gérault, excusez mon intervention un peu tardive, mais je dois vous voir. La police m'envoie.
- Hum... Oui, bien sur. Et bien, je vous en prie, entrez donc. C'est au second. Je vous préviens d'avance que la lumière du hall ne fonctionne plus, et ce depuis quelques temps déjà. Auriez vous l'obligeance de prévenir vos supérieurs de cela à votre retour ? Je dois avouer que c'est assez dérangeant.
- Bien sûr Monsieur Gérault, je n'y manquerai pas.
Et j'entre.
Monter deux étages dans le noir n'est pas en soi un obstacle insurmontable : le faire en plein jour doit être bien plus pénible, de par les corps morts gisant sur le pallier du premier. L'obscurité jouant en ma faveur, je ne manque pas pour autant de trébucher sur un corps en passant. Enfin, j'arrive au second. La porte du juge est déjà ouverte, et un homme de petite taille, chauve, aux traits tirés, m'attend en baignoire au pas de la porte.
- Bonsoir. Vous êtes monsieur... ?
- Appelez-moi Ismaël, voulez-vous.
- Et bien, entrez donc, cher Ismaël.
Il me sourit. Serein, tout en s'écartant pour me laisser entrer. Je le regarde, lui rendant son sourire, et lui dis :
- J'ai croisé vos voisins du dessous, ils ont l'air charmant. Ils ne vous dérangent pas ?
- Pas par leur bruit en tout cas. Vous voulez quelque chose à boire ?
L'appartement est assez modeste. Le minimum : cuisine, salle de bain, chambre à coucher, et un petit salon. Des années noires où mêmes les plus grands juges doivent d'accommoder d'un 40m² en banlieue.
- Je prendrais volontiers une tisane. Menthe douce si vous avez.
- Menthe douce ? Je pense avoir ça. Je dois bien dire que mes réserves ne sont plus ce qu'elles étaient. Sûrement la crise du pouvoir d'achat, rit-il. Mais je vous en prie, asseyez-vous.
Il m'indique son canapé. Je m'assoie, tout en jetant un rapide coup d'½il aux différentes pièces. Comme prévu, il vit seul.
Un petit signe de victoire vient de la cuisine, m'informant que le juge dispose bel et bien de la dite tisane. J'en suis ravie. Qui aimerait avoir à tuer le ventre froid ?
-Des gâteaux en attendant que nos infusions soient prêtes ?, dit-il en me pressant une boîte sous la main. Prenez-en comme bon vous semble. Après tout, vous êtes mon dernier invité, n'est-ce pas ?
J'en attrape quelques uns. Des petits sablés. Je ne connais rien de meilleurs .
-Hum. Oui, bien sûr.
Il s'assoit dans un fauteuil noir, juste en face de moi. S'installe confortablement, croise les jambes, et entame ses gâteaux. Je m'étonne une fois de plus de son comportement. Il aborde notre conversation avec sérénité, et me raconte sa vie de magistrat, qui est, je dois moi-même l'avouer, assez difficile ces temps ci. La loi ne semble plus convaincre personne, ses tenants y compris.
-Les temps ont changés, me dit-il enfin.
-Il est vrai. La tisane n'en sera que meilleure.
-Mais oui, j'oubliais ! Je parle, je parle, mais j'en oublie l'essentiel.
Revenu avec les deux tasses sur un plateau, il laisse libre cours à mon choix.
-Menthe douce ou ... menthe douce !
Douces paroles pour accompagner une habitude inquiétante, dans la démonstration même qu'aucune tasse n'a le moindre poison. J'attrape au plus grand hasard une de celle-ci, et en bu quelques gouttes. Une infusion de qualité, je dois l'admettre. Il regarde ma dégustation, souriant, et s'assoit.
-Quel impolie je fais. Quand je parle de mon travail, je ne m'arrête plus. Je vous en prie, faite moi part de vos préoccupations.
-Celle par exemple de venir ici cette nuit ?, lui répondis-je avec amusement.
-Non, j'en suis déjà informé. Ou du moins, je me doute de la chose. Je parlais de préoccupations plus ... triviales ! Est-il juste que vous approchiez des 33 ans ?, me questionna-il avec le même enthousiasme.
33 ans. Il savait. Mais .. comment ? Et son attitude laissait penser, qu'il savait la réelle teneur de cette information: 33 ans, âge supposé du Christ à sa mort. Un ange passe. J'en reste plus qu'étonné. Devant mon silence, il pense bon de continuer.
-D'ailleurs, j'ai été très surpris de votre exactitude.
Je reprends peu à peu mes esprits. Mon exactitude ? Mais ..
-Mon nom ?
-Je ne pourrais dire que je connais le nom des composantes de votre ... organisme. Votre pseudonyme. Ismaël.
-Il me fait office de nom pour ma part. Complet j'entends.
Comment me nommer autrement en l'absence d'information sur ma véritable origine ? S'il voulait me déstabiliser, c'est chose réussie.
-C'est très honnête de votre part. Cela ne mérite-t-il pas une autre tasse ?
Mon léger hochement de tête confirmant sa remarque, il me ressert, et reprend:
-Ceci n'est qu'une formalité, mais votre avenir en est d'autant confirmé: vous n'en aurez pas.
Je reste muet à ses remarques.
-Ils vont vous tuez.
-Je sais.


